PHILANTHROPIE DES FEMMES PROJECT HÉRITAGE
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Rita Guindi

Présidente de la Campagne Sépharade des Femmes 1998-1999  

1) Comment vous êtes-vous engagée dans la Fédération CJA – et pourquoi?

Tout a commencé en 1998 avec la vision de Jean Alloul, l’ancien président de la Campagne sépharade. Ce dernier avait bien compris que la communauté sépharade était très diversifiée et qu’une coprésidente libano-irakienne aiderait à attirer un groupe qui n’avait pas encore été assez sensibilisé à la cause de la Fédération CJA. D’autre part, je venais de perdre ma jeune sœur et, inconsciemment, je ressentais le besoin de me consacrer à une cause afin de combler le vide que son décès avait créé en moi. J’ai donc accepté l’offre de M. Alloul avant de me lancer corps et âme dans cette aventure. J’ai savouré chaque minute de cette expérience extraordinaire – ma relation avec les présidents, les bénévoles, le personnel de même que les défis et, ultimement, les réussites. Je demeure très fidèle à la cause.

2) Aujourd'hui, quel est le plus beau souvenir que vous gardez de l’époque où vous collaboriez avec la Fédération CJA?

Mon souvenir le plus précieux remonte au début de ma première Campagne. C’était durant une réunion de consolidation d’équipe à la résidence de Jewel Lowenstein. Sheryl Stein m’avait offert de m’y conduire, elle qui connaissait à peine Jewel. À notre grand plaisir, nous nous sommes immédiatement bien entendues. Nous avons parlé de nous, de nos familles, de nos aspirations. Nous avons beaucoup ri. Le lien d’amitié qui s’est alors créé entre nous me tient toujours énormément à cœur.

Ce n’est pas tout! Une fois chez Jewel, on m’a présentée à une équipe de femmes plus aimables les unes que les autres. Je ne peux trouver les mots justes pour décrire l’accueil chaleureux qu’elles m’ont offert et pour leur dire combien, encore aujourd’hui, j’apprécie leurs précieux conseils. Je ne vais citer aucun nom par peur d’en oublier un seul. Pendant ces quelques jours, j’ai eu la preuve que ce que j’avais toujours pensé était vrai : Ashkénazes, Sépharades, Mizrahim, cela n’avait aucune importance. Nous étions tout simplement des femmes liées par la mêmevolonté et le même idéal : servir notre communauté.

Grâce à nos efforts concertés, nous avons grandement contribué à unir la communauté juive montréalaise.

3) Vous souvenez-vous d’un moment ou d’un événement en particulier qui vous a profondément marquée?

En tant qu’enseignante, j’ai toujours cru que je pouvais apprendre de mes étudiants. Ainsi, si je devais choisir un événement en particulier qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, ce serait la fois où un garçon de 10 ans m’a offert un parfait exemple de tzedakah. Je venais de raccrocher le téléphone après avoir sollicité ses parents, qui avaient très gracieusement répondu à mon appel et accepté de faire un don. Une quinzaine de minutes plus tard, le téléphone sonne et une jeune voix me dit :

« Mes parents m’ont expliqué pourquoi ils viennent juste de faire un don. Moi aussi je veux donner tout ce qu’il y a dans ma tirelire pour aider les enfants dans le besoin. » J’étais si émue par ses paroles que j’ai fait ce qu’aucun bénévole n’est censé faire : j’ai tenté de le convaincre de me donner la moitié de son argent… mais il a insisté pour me donner tout ce qu’il avait. « Il y a beaucoup d’enfants qui n’ont pas ma chance. S’il te plaît, prends mon argent et aide-les », m’a-t-il dit.

Lorsque j’ai raccroché, j’ai ressenti une grande joie. Ce garçon de 10 ans était certes sensible et généreux, mais il m’a aussi rappelé l’importance de l’exemple que les parents donnent à leurs enfants. Une petite parenthèse : ce garçon, qui est à présent un jeune homme accompli et marié, n’est nul autre que Joseph Abdulezer, le fils de Gilda.

4) Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme souhaitant suivre vos traces dans le domaine de la philanthropie?

« Qui ne donne rien n’a rien », dit-on. Plus encore, Antoine de Saint-Exupéry insiste sur le fait qu’une communauté ou même une chose ne devient la nôtre que si on lui consacre du temps et des efforts. La Fédération CJA propose tant de projets et de programmes extraordinaires auxquels les femmes peuvent participer.

Il me semble pourtant important que vous, les philanthropes de demain, choisissiez le programme, le projet ou la cause qui vous « parle » le plus. Vous pourriez alors vous en donner à cœur joie et en retirer la plus grande satisfaction. Si vous n’êtes pas trop certaines de ce que vous voulez vraiment, lancez-vous dans un projet et n’hésitez surtout pas à mettre la main à la pâte. Ensuite, vous pourrez prendre du recul et savourer la satisfaction d’avoir pu non seulement donner de votre temps afin de façonner l’avenir de notre communauté pour vos êtres chers, mais également d’avoir pu améliorer les conditions de vie des gens moins chanceux que vous.

5) Quel héritage désirez-vous transmettre?

Je pense avoir contribué à construire des ponts entre les divers groupes de notre communauté. Certains Mizrahim (Libanais, Irakiens, Égyptiens, etc.) étaient déjà donateurs. D’autres auraient pu ressentir le besoin de participer à la vie communautaire sans pour autant agir, alors que certains n’étaient tout simplement pas au courant de ce qu’était la Fédération CJA. Il leur a fallu un motivateur, en l’occurrence moi-même, afin qu’ils passent à l’action. De fait, ces groupes s’identifient pleinement à la communauté juive de Montréal, et ce, peu importe leurs origines.

De plus, j’ai été très chanceuse et honorée que ma communauté ait si bien répondu à mon appel. S’ils se sont montrés excessivement généreux, ses membres ont surtout épousé avec enthousiasme et ardeur les causes défendues par la Fédération CJA. Toutefois, c’est l’engagement des femmes qui me réjouit le plus. Tandis que certaines faisaient du porte-à-porte (Anita Gabbay et Shella Abadi se sont investies dès le départ), d’autres ont siégé à des comités, présidé des événements, ouvert la porte de leur demeure ou participé à des missions. Et finalement, en 2016, la présidente de la Campagne de la Philanthropie des femmes était irakienne. Mon vœu le plus cher est qu’il ne s’agissait que d’un début et que plusieurs autres philanthropes suivront mes traces.
 

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