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Sara Tauben

Présidente du Centre commémoratif de l’Holocauste a Montréal, 1986-1988

En 1986, on m’a offert la présidence du Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal (aujourd’hui appelé le Musée de l’Holocauste Montréal). Comme mon mari et moi étions nés de survivants de la Shoah, ma candidature a probablement semblé tomber sous le sens. Toutefois, je n’avais alors que très peu d’expérience dans un rôle de leader communautaire. Je commençais également tout juste à m’intéresser de plus près à l’Holocauste.

J’ai grandi à Los Angeles, dans une famille d’immigrants laïques parlant yiddish. À l’extérieur de ma petite famille élargie, des quelques amis de mes parents et de quatre ou cinq camarades de classe à la Workmen’s Circle School, je n’étais pas vraiment engagée au sein de la communauté juive. Pourtant, j’étais enveloppée dans la chaleur du yiddishkeit.

Dans la vingtaine, j’ai quitté les États-Unis pour Israël. Mon départ n’a pas été motivé par une ardente ferveur sioniste, mais plutôt par un certain goût de l’aventure et peut-être aussi par une quête indéfinie. Je me suis finalement rendu compte que le mode de vie juif israélien me convenait parfaitement. Je n’avais pas à me réclamer de quelque groupe que ce soit. Ma vie quotidienne, mon travail, mes études, mes amitiés, voire certains gestes aussi anodins qu’aller à l’épicerie, définissaient mon appartenance au peuple juif. Le sort a toutefois voulu que je rencontre un jeune Canadien, qui m’a emmenée à Montréal. Irwin et moi avons alors décidé de nous engager auprès de la communauté juive.

La présidence du Centre commémoratif de l'Holocauste compte certainement parmi les mandats les plus ardus qui m’aient été confiés. Ce fut par ailleurs mon mandat le plus gratifiant. Comme l’Holocauste s’avère un sujet poignant et douloureux, les discussions du conseil d’administration à ce propos étaient toujours enflammées – et souvent houleuses. Parfois, il était impossible d’en venir à un consensus ou à un compromis. Il fallait alors prendre des décisions difficiles, au risque d’éloigner et de frustrer certains membres. Malgré tout, dans le cadre de nos efforts visant à développer notre jeune organisation, nous avons accru notre programmation et notre rayonnement publics, élaboré notre premier programme de formation pour les guides bénévoles, rédigé un ensemble de statuts et réaménagé nos salles d’exposition. Sous la gouverne de Krisha Starker, alors présidente du Centre, je me suis mise à chercher des témoignages illustrant le quotidien des Juifs avant, pendant et après l’Holocauste. Je souhaitais ainsi honorer la mémoire des six millions de victimes de la Shoah.

J’ai continué de collaborer avec le Centre pendant environ vingt ans en occupant divers postes, dont ceux de présidente du conseil d’administration (pour une deuxième fois) et de présidente du comité derrière la conception de l’exposition permanente actuelle. Pendant l’élaboration de cette exposition, nous avons notamment débattu de la façon idéale de témoigner notre reconnaissance aux donateurs. Il aurait clairement été inapproprié de les célébrer au moyen de simples plaques. Le mur des donateurs devrait-il servir à reconnaître les dons affectés à une section ou à un programme du Centre en particulier? Proposant plutôt de souligner l’apport des donateurs en leur rendant un hommage plus général, j'ai rédigé la phrase suivante, que l’on a ensuite inscrite sur le mur des donateurs :

En mémoire de ceux qui ont péri,
En l’honneur de ceux qui ont survécu,
En reconnaissance à ceux qui instruiront les futures générations,
En hommage à tous ceux qui n’oublieront jamais.

Seulement, ni ces mots ni les plaques accrochées chez moi, qui reconnaissent généreusement le leadership dont j’ai fait preuve au fil des ans, ne constituent un véritable héritage. Chaque leader possède sa propre vision. Chaque période comporte son lot d’épreuves nécessitant des actions précises. Chaque mandat de direction vient avec des problèmes uniques, qui exigent des solutions créatives. Un héritage se traduit par un engagement continu, qui trouve ses racines dans ce qui a été fait avant nous et sa portée, dans ce que d’autres feront après nous. Aux hommes et aux femmes se voyant offrir un poste de leader, je leur dirais de ne pas hésiter, peu importe leur âge : si quelqu’un croit que l’on est à la hauteur, c’est qu’on l’est probablement.
 

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