Mandat
Assurer l’efficacité et la coordination des efforts de défense des droits sociaux sur des questions d’intérêt public touchant l’ensemble de la communauté juive et plus précisément les personnes, familles et aînés défavorisés.
Ce qu’il fait
- Il étudie les questions de défense des droits sociaux et formule des recommandations fondées sur les positions communautaires.
- Il favorise la compréhension des questions sociales importantes en informant et en sensibilisant la communauté.
- Il coordonne les activités de défense des droits sociaux avec les coalitions en place et les réseaux appropriés.
- Il sensibilise le public sur les effets des politiques sociales à l’égard des membres de la communauté juive.
- Il coordonne la prise de position avec l’équipe de leadership de la FEDERATION CJA.
Principaux objectifs
- Influer sur les politiques sociales liées principalement à la pauvreté, au logement et à la santé, et ce, à l’échelon municipal, provincial et fédéral.
- Accroître la participation du public en ce qui a trait à la prise de décisions sur les politiques sociales.
Le comité se concentre sur trois enjeux primordiaux : la pauvreté, la santé et les services sociaux et le logement.
Il n’est pas surprenant de constater que la pauvreté dans la communauté juive reflète celle de la société en général. Selon des études de Statistique Canada et du Conseil canadien de développement social, Montréal est le centre urbain le plus pauvre du Canada, et affichait un taux de pauvreté de 23 % en 1995. Outre un fort pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté, Montréal accuse un degré de pauvreté (calculé en fonction de l'écart entre le revenu des personnes ou des familles pauvres et le seuil de pauvreté) plus élevé que les autres centres urbains au Québec. Cet écart s’élève à 7 300 $ pour une personne seule et à 10 300 $ pour une famille. Le degré de pauvreté est plus élevé au Québec que partout ailleurs au Canada. Entre 1980 et 1990, on a assisté à la croissance du taux et du degré de pauvreté, malgré un léger recul au début de 1998. Ce recul a été moins important au Québec et ne s’est fait sentir qu’en 1999. D'après certaines études démographiques sur la population juive, « les taux de pauvreté enregistrés en 1981 et en 1991 parmi la population juive de Montréal étaient nettement plus élevés que les taux moyens de pauvreté de la population juive du Canada et de l'ensemble de la population canadienne ». Cette donnée ressort dans le recensement de 2001. Il s’agit ici d’un pourcentage correspondant à près de 18,4 % des membres de notre communauté et à 17 110 personnes (Statistique Canada, recensement de 2001) et lorsqu’on prend en compte le coût de la vie juive (nourriture cachère, logement dans un quartier juif à proximité des services communautaires, participation aux institutions juives), ce pourcentage peut grimper à 22 %. Le taux de pauvreté s’élève à 21 % chez les aînés et à 31,8 % chez les mères de familles monoparentales.
Profil de la pauvreté La pauvreté existe dans divers groupes. On relève le taux de pauvreté le plus élevé parmi les mères de famille monoparentales qui ont des enfants de 18 ans et moins. Au Québec, en 1998, ce taux était de 56,8 %, à peine plus élevé que celui des femmes seules de 65 et plus, établi à 55,9 %. De façon générale, le niveau de pauvreté est très élevé chez les personnes qui vivent seules (36,1 % au Canada, et supérieur au Québec). On trouve dans ce groupe des aînés, des jeunes adultes en début de carrière, des personnes handicapées physiquement et des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. D'après les données du dernier recensement, le taux de pauvreté chez les enfants s’élève à 19 % au Canada et à 24 % au Québec. Ce taux a même grimpé de 43 % depuis 1989, année où le Parlement a adopté une déclaration des Nations Unies visant l’éradication de la pauvreté enfantine avant l’an 2000. Même si le nombre de personnes pauvres diminue légèrement, le degré de pauvreté augmente. Les immigrants sont plus pauvres que la moyenne des Canadiens pendant les quinze premières années de leur vie au Canada, et certaines données indiquent que la durée de cette période de pauvreté est en croissance. En matière de pauvreté des enfants, le Canada se classe 17e parmi les 23 pays membres de l’OCDE. Contrairement au mythe courant, nombreuses sont les personnes pauvres qui travaillent. Plus de 80 % des familles sous le seuil de la pauvreté ont des revenus d’emploi, et 26 % des personnes pauvres travaillent à plein temps.
Les enjeux Les besoins des personnes pauvres sont multiples. Ils varient du soutien du revenu de base permettant d’assurer la subsistance – nourriture, logement (abordable et décent), vêtements – aux moyens pour échapper à la pauvreté et à l’exclusion sociale – accès au transport, aux loisirs, à une éducation adéquate et aux activités connexes, à la formation professionnelle, à l’emploi, etc. Il nous faut considérer ces problématiques dans le contexte des politiques et programmes sociaux, si nous voulons vraiment aider les quelque 20 000 membres de la communauté juive touchées par la pauvreté et les centaines de milliers d'autres dans notre pays. C’est pourquoi les enjeux suivants méritent d’être pris au sérieux.
- L'écart entre les prestations d'aide sociale et les besoins réels. Le gouvernement ne respecte pas ses propres directives relatives à l'évaluation des besoins; depuis 1995, les prestations d’aide sociale ont été réduites à 545 $ pour une personne seule et à 1 128 $ pour une famille monoparentale avec deux enfants.
- Le manque de stratégies visant à réduire et à éliminer la pauvreté, malgré une loi adoptée par le gouvernement du Québec en décembre 2002 pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
- La pénurie de logements abordables.
- Les problèmes liés à la piètre qualité des logements.
- Les problématiques liées à l’accès aux soins de santé, aux soins à domicile et aux médicaments.
- La pénurie d’emplois, en particulier offrant une rémunération décente.
- La lourdeur administrative des programmes gouvernementaux de soutien.
- La déresponsabilisation de l'État et sa dépendance croissante à l'égard des organismes communautaires ou sans but lucratif pour des mandats de protection sociale que ces derniers ne peuvent entièrement prendre en charge (p. ex., sécurité du revenu, sécurité alimentaire, soins médicaux et services sociaux de base, etc.).
- Le nouveau rôle des municipalités dans la création de programmes de lutte contre la pauvreté. N'ayant pas les moyens nécessaires pour faire face à de tels enjeux, elles envisagent de percevoir des droits d’utilisation des services, y compris les services essentiels comme l’eau (privatisation), et d'augmenter le coût de l'accès aux loisirs, aux sports, aux bibliothèques, etc.
- L'accent sur la pauvreté enfantine, comme si les enfants ne faisaient pas partie des familles et que la pauvreté des adultes n’était pas une préoccupation.
- L'accent sur le travail comme solution à la pauvreté, malgré la croissance des emplois précaires et du nombre des salariés vivant dans la pauvreté.
Les personnes défavorisées de notre communauté sont aux prises avec de nombreux problèmes liés à l'accès aux services de santé et aux services sociaux, qui de plus en plus, touchent l’ensemble de notre société. Parmi ces derniers, relevons : les listes d’attente pour une opération chirurgicale et des services de diagnostic, la privatisation des services qui a mené à un système à deux vitesses dans de nombreux secteurs, notamment les soins à domicile et la physiothérapie, le fardeau accru des familles en raison des hospitalisations de courte durée combinées à un manque de services de proximité, la pénurie de services pour les personnes souffrant de maladies mentales et pour leurs familles, le coût élevé des médicaments pour les aînés et les démunis depuis la création d’un nouveau programme d’assurance-médicaments en 1996 et les difficultés d'accès aux soins de base. Ceci étant dit, nous avons privilégié deux priorités que nous estimons essentielles au sein de la communauté juive, compte tenu de la forte proportion d’aînés dans notre population (22 %). Néanmoins, nous réviserons s’il le faut notre programme de manière à prendre des décisions pragmatiques et souples en fonction des questions d'actualité et des priorités énoncées par le gouvernement. Au cours des deux prochaines années et selon les circonstances, le Comité de défense des droits sociaux de la FEDERATION CJA devra sans doute aborder des questions relatives à la privatisation, à la restructuration des systèmes de santé et de services sociaux et à la prestation de services des CLSC.
Questions relatives aux médicaments Lorsqu’on a fait le choix d’un système universel de soins de santé dans les années 60 au Canada, peu de gens auraient pu prédire que les médicaments sur ordonnance prendraient une telle importance dans le traitement des patients. En réalité, au cours d'une même période, les Canadiens dépensent plus d’argent pour les médicaments que le gouvernement n’en rembourse aux docteurs. Ainsi, le gouvernement du Québec a pris les devants au milieu des années 90 pour assurer aux citoyens l’accès aux médicaments sur ordonnance qui leur sont nécessaires. Mais a–t-il progressé en adoptant une approche publique-privée et en maintenant deux systèmes d’assurance parallèles? S'ils ne sont pas assurés par leur propre régime privé ou celui de leur conjoint, les membres de notre communauté doivent s'inscrire au régime général d’assurance-médicaments administré par le gouvernement. Alors que les personnes âgées déboursaient un maximum de 100 $ par an avant la mise en place du programme actuel d’assurance-médicaments, certaines dépensent aujourd'hui jusqu'à plus de 1 200 $ en primes d’assurance, franchises et quote-parts et parfois davantage, tous les médicaments n'étant pas couverts par le régime. Depuis 1997, la prime annuelle maximale que versent les aînés au régime d'assurance-médicaments est deux fois et demie plus élevée qu'auparavant.
En général, le régime public d’assurance–médicaments couvre les personnes dont les revenus et l'état de santé sont plus faibles, tandis que les régimes privés couvrent les personnes plus nanties et en meilleure santé. En conséquence, les démunis n’ont pas un accès équitable aux médicaments et le système public est constamment déficitaire. Un système universel doublé de mesures efficaces de limitation des coûts demeure la solution la plus viable. À l'heure actuelle,dans la communauté juive comme dans l'ensemble de la société, les plus démunis doivent souvent choisir entre se nourrir et se soigner.
La ministre de la Santé, Anne McLennan, mène actuellement une évaluation de la structure du régime d’assurance–médicaments. Le moment est donc particulièrement bien choisi pour aborder cette question à plusieurs paliers.
Enjeux liés aux soins à domicile Au Québec, on reconnaît publiquement depuis déjà plusieurs années que l’argent manque dans les soins à domicile. Seulement 3,4 % de notre budget de soins de santé est réservé aux services à domicile, et le Québec y consacre moins d’argent que les autres provinces (65 $ par habitant). Les CLSC ont le mandat d’offrir des soins à domicile à ceux qui en ont besoin, mais ces derniers manquent d’argent et de ressources pour répondre à la demande, en particulier depuis la normalisation des hospitalisations de courte durée dans le cadre des compressions budgétaires de 1995. En fait, les CLSC ne peuvent répondre qu'à 7,4 % des besoins en soins à domicile, alors que les familles et les amis en assument près de 80 % (données publiées par Coalition Solidarité Santé).
Il n’y a aucune amélioration du système à espérer dans la privatisation progressive des services de soins à domicile. Une telle stratégie entraînerait inévitablement une chute de la qualité des services en dessous des normes, ainsi qu’une augmentation des coûts, en particulier pour les personnes dans le besoin.
Malgré les politiques mises de l’avant par l’ancien ministre de la Santé du PQ, François Legault et par le nouveau ministre libéral Philippe Couillard, la priorité accordée aux soins à domicile n'est pas appuyée par les moyens financiers nécessaires. La communauté juive s'est engagée depuis longtemps à œuvrer en faveur d'une meilleure prestation de soins à domicile au Québec.
D'après les normes gouvernementales, le coût du loyer devrait représenter moins de 30 % du revenu global. De plus, le taux d’inoccupation devrait se situer à 3 % pour que l'équilibre du système soit maintenu. Les données du recensement de 2001 de Statistique Canada montrent ce qui suit :
- À Montréal, 36 % des ménages (46,9 % dans le quartier Côte-des-Neiges) consacraient plus de 30 % de leurs revenus au logement.
- Le taux d’inoccupation était à 0,7 % dans la région du Grand Montréal et à 0,4 % dans le quartier Côte-des-Neiges.
- 25 % des logements locatifs du quartier Côte-des-Neiges exigent des rénovations majeures.
Le faible taux d’inoccupation empire la situation; il entraîne une hausse des loyers, une discrimination accrue (à l’égard des familles nombreuses ou monoparentales, des minorités, des immigrants, etc.), et favorise la négligence (immeubles mal entretenus et non rénovés, chauffage insuffisant, saleté, rats, coquerelles, etc.).
Les défis à relever au sein de la communauté juive La crise du logement entraîne de graves conséquences pour les membres les plus vulnérables de notre communauté, notamment sur le rendement scolaire, la nutrition et la santé physique et mentale. Le programme d'aide communautaire (PAC) des Services à la famille juive, qui secourt jusqu’à 500 familles, pourvoit aux besoins essentiels en matière de logement et de nourriture. Malgré l’escalade des loyers, le PAC n’a pas été en mesure d’augmenter son aide aux démunis. Les familles à faible revenu et les familles monoparentales sont souvent forcées de faire des choix entre payer le loyer et acheter de la nourriture ou des médicaments. L’année dernière, le Projet Genèse a aidé 350 familles et personnes seules à résoudre des problèmes d’expulsion et notre guichet de services a traité 3 534 demandes liées au logement, ce qui représente un tiers de son activité globale. Les Services d'assistance aux immigrants juifs (JIAS) se battent pour trouver des logements décents abordables pour les immigrants, particulièrement rares dans des quartiers juifs. L’Auberge Shalom...pour femmes est obligée d'héberger les femmes jusqu’à quatre mois à la suite d'incidents de violence conjugale. De toute évidence, en plus de perturber gravement la vie des gens, la crise du logement influe négativement sur les services offerts à la communauté. Ainsi, la communauté juive est aux prises avec des problèmes de pénurie de logements convenables ou assez grands pour les familles nombreuses dans les quartiers où elle est établie. Dans une communauté où 20 % de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté, le logement est un enjeu capital. De plus, aucune solution concrète à la crise actuelle ne semble être envisagée.
Les enjeux sociaux
- Depuis qu'il a éliminé l’ensemble des subventions aux nouveaux logements à loyer modique en 1994, le gouvernement fédéral a du même coup abandonné la priorité qu'il accordait au maintien des loyers des logements sociaux à 25 % du revenu.
- La réduction récente des montants alloués aux nouveaux programmes de logement favorisera la construction de logements « à loyer abordable » plutôt que de logements subventionnés. Néanmoins, même ces programmes sont difficiles à mettre sur pied.
- Accès-logis, un programme québécois de développement de logements coopératifs et sans but lucratif financé par des suppléments au loyer, n’a pas de permanence.
- Le dernier budget du Québec a réduit le financement accordé aux logements sociaux, ce qui a entraîné une baisse de l’apport fédéral.
- Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a annoncé des compressions de 25 % dans les subventions à l’entretien des logements à loyer modique. Malgré la crise du logement, il existe des logements libres, mais qui sont considérés comme insalubres.
- Depuis peu seulement, quelques programmes spécialisés sont mis sur pied pour répondre aux besoins des personnes âgées et d’autres groupes cibles qui nécessitent des services de soutien (personnes atteintes de maladies mentales, familles monoparentales). Nous pouvons envisager de collaborer à ces projets avec la Régie régionale.
- Malgré la promesse faite en 2004 de construire 5 000 logements sociaux à Montréal, seulement quelques centaines ont été développés, notamment en raison d’une pénurie de terrains disponibles dans les quartiers à forte densité démographique et du coût de ces terrains par rapport à la subvention consentie par le gouvernement. C'est ce qui a bloqué le projet de développement de logements pour les familles monoparentales mis sur pied par la communauté juive, malgré la possibilité d’obtenir des fonds publics et les dons recueillis grâce au projet Maison de rêve de la Division des femmes de la FEDERATION CJA.
- Sur le marché privé, la protection des locataires est très limitée et la grande majorité de ces derniers y ont difficilement accès. Il n’existe qu’un seul bureau de la Régie du logement dans le Village olympique. Les locataires doivent attendre plus de 14 mois pour se faire entendre sur des questions de hausse de loyer ou sur des problèmes d’entretien, alors que les demandes d’expulsion des propriétaires sont traitées en trois semaines.
- La transformation d'appartements en copropriétés et la construction de nouveaux immeubles en copropriété nuisent au développement de logements locatifs.
- Le Code du logement a récemment été modifié pour permettre une application plus rigoureuse. À l'heure actuelle, cela prend plus d’une année pour débattre en cour municipale d’un problème d’infestation de rats et les amendes sont dérisoires. Chaque arrondissement sera désormais chargé d'appliquer le Code selon le nombre d’inspecteurs dont il dispose.
- Le programme Allocation-logement, destiné aux familles à faible revenu et aux personnes de 55 ans et plus, est méconnu dans divers milieux sociaux, y compris dans la communauté juive.
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