Le long périple d’une immigrante juive à Montréal

Le voyage que la doctoresse Sima Goel a fait pour se rendre d’Iran à Montréal a été des plus éprouvants. Transformé en république islamique à la suite du renversement du régime du Shah en 1979, le pays est devenu inhospitalier pour les Juifs et les femmes en général.

« J’avais peur de dire que j’étais
juive », se rappelle Sima. Elle ajoute avec un accent d’amertume : « En même temps, je me sentais trahie de ne pouvoir affirmer mon identité. »

Sima avait à peine 14 ans lorsque l’Ayatollah Khomeini a pris le pouvoir. Du jour au lendemain, les femmes ont dû porter le hijab, vêtement islamique conçu pour cacher leur chevelure et recouvrir leur corps de la tête aux pieds.

« Si une fille avait le malheur de laisser voir une partie de sa chevelure, elle risquait de se faire défigurer à l’acide. Les filles pouvaient être assassinées si elles étaient surprises en compagnie de leur frère, et que les autorités prenaient ce dernier pour leur petit ami. »

Sima a vécu la peur d’être arrêtée, torturée, voire assassinée par le régime. En 1980, on lui a interdit de fréquenter l’école. C’est à ce moment-là que sa mère lui a dit qu’elle n’avait plus d’avenir en Iran et qu’elle devait partir. Mais elle n’avait pas de passeport, ni aucun moyen de s’en procurer un.

En 1982, à l’âge de 17 ans, elle a traversé clandestinement la frontière du Pakistan avec sa sœur. Après avoir vécu dans des conditions d’hygiène des plus précaires et dans le plus grand dénuement, les jeunes filles ont pu fuir à Montréal, où elles sont arrivées en juin 1983, munie de la modeste somme de 60 $.

Après avoir trouvé le courage d’avouer qu’elles étaient juives à leur intervenante en aide sociale, elles ont été orientées vers les Services d’assistance aux immigrants juifs* (JIAS).

« Ils se sont très bien occupés de nous. À un moment où nous étions sans famille, la communauté juive est devenue notre famille », affirme Sima. Elle raconte comment, quand sa jeune sœur a eu peur d’aller à l’école seule le premier jour, leur intervenante l’a escortée, tout comme une mère accompagnerait son enfant.

Comme tant de familles immigrantes que la communauté juive a accueillies au fil de son histoire – quelque 3 000 au cours des sept dernières années seulement – les sœurs Goel ont pu compter sur la communauté pour démarrer une nouvelle vie. En l’absence d’une famille immédiate, la communauté joue un rôle de famille élargie en fournissant aux immigrants l’aide et les moyens nécessaires pour se bâtir un solide avenir.

En définitive, toute la famille de Sima a pu fuir l’Iran et venir s’installer au Canada. Sima a eu la possibilité de suivre des études et elle est devenue la première femme chiropraticienne spécialisée en mieux-être à pratiquer au Canada. Depuis les treize dernières années, elle gère sa propre clinique à Montréal. Elle est mariée et mère de deux enfants.

Sima songe avec gratitude à toute l’aide qu’elle a reçue de la part de la communauté juive de Montréal. Grâce à cette aide, elle est devenue une citoyenne canadienne pleinement épanouie, libre de s’affirmer sans crainte et fière d’être juive.

Sur les 7,8 millions de dollars qu’elle a alloués aux services sociaux pour l’exercice 2007-2008, la Fédération CJA a affecté plus de 850 000 $ à l’agence JIAS*.

*Les Services d’assistance aux immigrants juifs Montréal (JIAS), Emploi Juif Montréal (JEM), et les Services à la famille juive (JFS) ont fusionné en 2008 pour devenir Ometz.

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