L’agence des Services à la famille juive* (JFS) reconnaît depuis longtemps que la plupart des crises qui amènent les gens à s’adresser à elle sont dues à des problèmes de dettes inextricables. Elle a donc entrepris de recruter un bénévole spécialisé en services financiers pour conseiller les membres de la communauté qui sont aux prises avec de graves difficultés financières. Depuis les dix dernières années, Mayer Diamond, un syndic de Montréal, consacre gracieusement une partie de son temps à cette fin. Évoquant les cas les plus extrêmes, il affirme : « Lorsque vos versements mensuels sur une carte de crédit ou sur un prêt vous empêchent de payer votre loyer ou d’acheter de la nourriture, vous avez un grave problème et il faut y remédier. »
Mayer Diamond est devenu un membre indispensable de l’équipe de JFS*. Il aide une foule de gens à relever le défi de réorganiser la gestion de leurs finances, de renoncer au mode de vie qui les a mis en difficulté, et parfois de prendre la décision de déclarer faillite.
« Ma première tâche consiste à rassurer la personne en difficulté en lui rappelant qu’il n’est pas honteux de subir un revers financier, et que mon seul but est de l’aider, explique Mayer Diamond. Il peut être traumatisant d’envisager la faillite pour certaines personnes, surtout si elles considèrent le remboursement de leurs dettes comme un impératif absolu. »
Dans plusieurs cas, on peut trouver d’autres solutions que la faillite. Mayer Diamond rappelle le cas d’un commerçant dont le chiffre d’affaires avait dégringolé à un tel point qu’il perdait tous les jours de l’argent. N’étant pas prêt à renoncer au fruit des efforts de toute sa vie, il continuait à investir dans ce qu’un observateur objectif aurait aisément reconnu comme une entreprise vouée à l’échec. Il s’agissait pour Mayer Diamond de faire un simple calcul et de montrer à cet homme qu’il n’était pas dans son intérêt de continuer de financer une entreprise qui l’empêchait de nourrir sa famille. Après plusieurs mois de consultation et de discussion, notre bénévole a réussi à mettre au point une stratégie de liquidation qui a permis au commerçant de vendre son stock sans déclarer faillite. Une fois délesté du poids d’une entreprise déficitaire, ce dernier a pu réévaluer sa situation financière et trouver un emploi pour la redresser.
Il est particulièrement difficile pour ceux dont l’estime de soi est étroitement liée à leur activité professionnelle, de surmonter la stigmatisation liée à un échec financier inconciliable avec l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. La faillite est évidemment la solution la plus extrême, mais elle a précisément été conçue pour éviter que les gens ne soient irrémédiablement asphyxiés par leurs dettes.
« Le principe fondamental de la Loi sur la faillite est de donner aux gens une deuxième chance, affirme Mayer Diamond. C’est une occasion pour une personne en difficulté de corriger les pratiques ou le comportement qui lui ont été nuisibles. Rares sont ceux qui comprennent ce principe. La première question qu’on me pose souvent, c’est : « Est-ce que je vais aller en prison? » Bien sûr, la réponse est non.
Pour certaines des personnes que l’agence JFS* recommande à Mayer Diamond, l’accès trop facile au crédit personnel est la principale cause de leurs difficultés. Les gens qui, au lieu d’éviter d’emprunter sur leur carte de crédit, pensent qu’il leur suffit de payer leurs versements mensuels, se dirigent tout droit vers la catastrophe.
« Le signal d’alarme, c’est quand on en est réduit à payer son épicerie avec sa carte de crédit. » Mayer Diamond ne manque pas d’alerter les personnes qu’il conseille de ce signe indubitable. À moins de modifier leur rapport à l’argent, ces personnes ne pourront pas se libérer de leurs dettes. En revanche, si elles y parviennent, elles peuvent tirer les leçons de leur expérience et adopter de plus saines méthodes de gestion financière. « J’apprends à mes clients comment éviter les pièges dans lesquels ils sont déjà tombés. Une fois qu’ils ont saisi mon message, et que je leur ai montré comment s’en sortir, ils sont en mesure de reconnaître les pièges et de les éviter. »
* Les Services d’assistance aux immigrants juifs Montréal (JIAS), Emploi Juif Montréal (JEM), et les Services à la famille juive (JFS) ont fusionné en 2008 pour devenir Ometz.